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Yin Yoga et système nerveux : est-il toujours régulateur ?

il y a 5 jours
7 min de lecture

Dernière mise à jour : il y a 4 jours

Chronique yoga à destination des professeurs et thérapeutes

La question du jour


As-tu déjà observé qu’une pratique très lente pouvait augmenter l’agitation ou l’inconfort chez certains élèves ?

 

Le calme apparent ne dit pas toujours ce qui se passe réellement dans le système nerveux...


Il y a une phrase que j'entends de plus en plus dans le monde du yoga, c'est celle-ci : "Si on veut apaiser le système nerveux, il faut ralentir."


Ce qui insinue faire moins, bouger doucement, respirer lentement, fermer les yeux... Et dans cette logique, le Yin Yoga serait presque naturellement une pratique régulatrice.


Pourtant, je pense que cette idée mérite d'être nuancée. Pour une personne dont le système nerveux porte encore les effets d’un trauma, la lenteur n’est pas toujours apaisante, l’immobilité n’est pas toujours sécurisante et l’introspection n’est pas toujours régulatrice.


Quand on sait qu’environ 70 % des personnes ont déjà été confrontées à au moins un événement potentiellement traumatique dans leur vie, ça change forcément la manière dont on pense l’accompagnement.


Parlons-en dans cet article !



Le paradoxe du Yin Yoga !

 

le paradoxe du yin yoga pour le système nerveux

Le Yin Yoga demande quelque chose qui peut être extrêmement difficile pour beaucoup : rester plusieurs minutes dans une même posture.


Pour quelqu’un qui a suffisamment de sécurité intérieure et corporelle, cette expérience peut devenir très intéressante et profondément transformatrice car cela lui permet d'observer ce qui se passe dans son corps, de sentir sa respiration, de remarquer ses pensées…


C’est une compétence qui augmente progressivement sa fenêtre de tolérance et peut être utilisée pour sortir de certaines réponses de survie comme le combat ou la fuite.


C’est justement ce qu’on appelle l’interoception : notre capacité à percevoir et à reconnaître ce qui se passe à l’intérieur de notre corps.


Et cette capacité intéresse particulièrement la recherche sur le trauma, car après certaines expériences traumatiques, les sensations corporelles peuvent devenir difficiles à identifier, à tolérer ou à interpréter.


Des études sur des pratiques comme la mindfulness montrent justement qu’apprendre à porter son attention sur ses sensations corporelles pourrait aider certaines personnes exposées au trauma à mieux les identifier et à moins se sentir débordées par elles.


Donc oui : tourner l’attention vers le corps peut être profondément transformateur. Mais il y a un problème : pour certaines personnes, le corps n’est pas encore un endroit suffisamment sécurisant vers lequel tourner son attention.




Yin Yoga et système nerveux : et si le calme augmentait l'activation ?


posture de yoga


Si une personne vit déjà avec beaucoup d’hypervigilance et qu'elle arrive dans un cours de Yin, on va probablement lui demander de fermer les yeux, de rester immobile 5 minutes, de ralentir sa respiration, de sentir son ventre, de relâcher !


Mais pour elle, ce qui est présenté comme une diminution des stimulations peut devenir en réalité… une augmentation de l’attention portée aux signaux internes.


Et donc parfois une augmentation de l’activation.


En soi, ce n'est pas la posture en elle-même le problème. C'est plutôt la relation que la personne entretient avec ce qui se passe pendant la posture.


Une même sensation peut être complètement neutre pour une personne… et beaucoup plus difficile à vivre pour une autre.


Par exemple : Rester immobile peut faire du bien à certains, alors que pour d’autres, ça peut réveiller une sensation de blocage / d’impossibilité de fuire.

Fermer les yeux peut aider à se recentrer… ou au contraire augmenter le sentiment de vulnérabilité.

Et c’est pareil avec la respiration : pour certain.es, y porter attention va apaiser. Pour d’autres, ça peut accentuer une sensation d’oppression ou de perte de contrôle.


Et c’est justement là que le yoga trauma informé prend tout son sens.




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Doux ne veut pas dire régulateur…



Une pratique douce n'est pas forcément régulatrice


Je trouve que c'est un point important à rappeler parce que nous avons parfois créé une sorte de hiérarchie implicite des pratiques où :

  • Yoga dynamique = activation.

  • Yoga doux = régulation.


Mais la régulation ne se résume pas à diminuer l’intensité.


Parfois, une personne très figée a besoin de mouvement. Parfois, quelqu’un qui est dissocié a besoin de davantage de stimulation sensorielle. Parfois, quelqu’un qui rumine a besoin d’une pratique suffisamment mobilisatrice pour sortir de sa tête. Et parfois, oui, l’immobilité, les sensations et l’attention intéroceptive sont exactement ce dont la personne a besoin.


Il n’existe donc pas une intensité universellement régulatrice.

Il existe surtout des pratiques plus ou moins adaptées à l’état de la personne, à son histoire, à ses ressources du moment et à sa capacité à rester en contact avec ce qui se passe sans être débordée.




Yin Yoga : un outil puissant pour le système nerveux



Yin Yoga : un outil puissant pour le système nerveux

Je considère le Yin Yoga comme une pratique qui peut être très intense avec très peu de mouvement.


Par exemple, une posture tenue 5 minutes peut demander beaucoup plus de ressources à certaines personnes qu'une séquence de mouvements de 30 minutes.


Le Yin permet de travailler avec l'immobilité, la sensation, l'attention, la tolérance à l'inconfort et la relation que nous entretenons avec notre propre expérience.


Mais pour que cela puisse devenir une expérience de sécurité, il faut pouvoir ajuster et doser l’expérience, petit à petit, pour éviter de dépasser les capacités du système nerveux. C’est ce qu’on appelle la titration.


Et dans un cours de Yin, cette titration peut se jouer à plein d’endroits :

  • La durée.

  • L'amplitude.

  • Le niveau de sensation.

  • Le rapport au regard intérieur.

  • La respiration.

  • Les transitions.

  • Les possibilités de sortir de la posture.

  • Les choix proposés.

  • Et même le vocabulaire utilisé par l'enseignant.


Dire : "Restez ici 5 min et observez ce qui se présente" n'a pas nécessairement le même effet que : “Vous pouvez rester ici, bouger légèrement si vous en ressentez le besoin, ou sortir de la posture à tout moment. Vous pouvez aussi simplement remarquer un point d’appui, le contact du sol ou une sensation qui attire votre attention. »


Et c’est justement ça qui change beaucoup de choses : on redonne à la personne une marge de choix et d’action.




Et c'est là que je trouve le yoga trauma informé particulièrement intéressant !



yoga trauma informé pour le système nerveux



Enseigner un yoga trauma-informé ne consiste pas à transformer chaque cours en séance de thérapie.


(Et encore moins à promettre que le yoga va guérir les traumas.)


Les recherches sur le yoga et le PTSD sont encourageantes, mais elles restent hétérogènes, notamment concernant les pratiques très introspectives comme le Yin Yoga ou la méditation.


Ce sont probablement parmi les pratiques les plus puissantes pour développer la conscience corporelle et soutenir la régulation du système nerveux, mais aussi parmi celles qui demandent le plus de discernement dans leur utilisation.


Leurs effets varient selon le degré des symptômes traumatiques, le contexte de la pratique et la manière dont elle est guidée. Ce que l’on peut donc faire, en revanche, en tant qu'enseignante, c'est réfléchir à la manière dont on construit l'expérience pour qu'elle soit la plus trauma-informée possible !



Quelques exemples :


1. Est-ce que je laisse réellement la possibilité de choisir ?

Dire à quelqu’un d’écouter son corps ne suffit pas toujours. Encore faut-il lui montrer qu’il a réellement plusieurs options : rester, bouger, modifier la posture, en sortir... Le choix devient beaucoup plus sécurisant quand il est clairement proposé, et pas simplement sous-entendu.


2. Est-ce que je donne assez de temps pour sentir, sans imposer de rester ?

Rester quelques respirations de plus peut être intéressant. Mais si l’élève sent qu’il doit tenir jusqu’au bout pour bien faire, on perd justement cette capacité d’ajustement. L’enjeu, c’est de pouvoir explorer une sensation sans transformer l’immobilité en obligation.


3. Est-ce que je fais de la respiration une obligation ?

La respiration est généralement utilisée comme un outil d’apaisement, mais elle ne l’est pas forcément pour tout le monde. Parfois, le plus juste est simplement de laisser le souffle être comme il est, plutôt que de chercher systématiquement à l’allonger, l’approfondir ou le contrôler.


4. Est-ce que je demande systématiquement de fermer les yeux ?

Fermer les yeux peut aider certaines personnes à se tourner vers l’intérieur. Pour d’autres, garder un contact visuel avec la pièce est justement ce qui leur permet de se sentir suffisamment en sécurité.

Laissez des possibilités !


5. Est-ce que je valorise l’immobilité comme une performance ?

Dans le Yin, on peut facilement associer le fait de ne plus bouger à une forme de lâcher-prise ou de maîtrise.

Pourtant, un ajustement, un changement d’appui ou un petit mouvement peut être également une manière très saine de rester en lien avec ce qui se passe.


6. Est-ce que j’interprète l’inconfort comme quelque chose à dépasser ?

Toutes les sensations inconfortables ne sont pas des résistances qu’il faudrait traverser.

Parfois, l’inconfort nous donne simplement une information. Et apprendre à l’écouter fait aussi partie de la pratique.


7. Est-ce que mes consignes permettent de sortir du cours sans se sentir en échec ?

La manière dont on présente les variantes compte énormément.

Si une option est toujours décrite comme plus facile ou réservée à celles et ceux qui n’y arrivent pas, on crée malgré nous une hiérarchie…



Ce sont des détails en apparence, mais mis bout à bout, ils changent profondément la manière dont une personne peut vivre un cours de Yin.


Et surtout, ils rappellent quelque chose d’essentiel : dans une approche trauma-informed, on ne cherche pas à imposer une expérience de calme. On crée les conditions pour que chacun.e puisse trouver suffisamment de sécurité et de choix dans sa propre expérience.





Alors, le Yin Yoga régule-t-il le système nerveux ?


yin yoga et systeme nerveux



Yin Yoga et système nerveux : compatible ?


Parfois, oui, le Yin Yoga peut être extraordinairement précieux.


Il peut aider à développer une meilleure conscience corporelle, à observer ses sensations, à élargir progressivement sa capacité à accueillir ce qu'il se passe.


Mais parfois, non.


Si la personne se sent piégée dans l’immobilité, si elle n’ose pas sortir d’une posture, si on lui demande de fermer les yeux alors que cela augmente sa vigilance ou si l’attention portée au corps devient trop intense, le Yin peut au contraire augmenter l’activation plutôt que la diminuer.


Autrement dit, le Yin ne régule pas simplement parce qu’il est lent, doux ou immobile. Il devient régulateur lorsqu’il est proposé dans un cadre suffisamment sécurisant, avec du choix, de la souplesse et la possibilité d’ajuster l’expérience à tout moment.


Et c’est là que se trouve le véritable enjeu en tant que professeur·es. Notre rôle est de créer un cadre dans lequel chacun·e peut bouger, sortir, revenir, ouvrir les yeux, modifier sa respiration ou choisir une autre option sans avoir l’impression de mal faire.


Parce qu’une pratique peut sembler calme de l’extérieur… tout en étant très activante à l’intérieur.

 



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photo de mayana






 
 
 

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