Le trauma de négligence : quand une enfance normale laisse des traces

Le trauma peut-il aussi venir de ce qui n’a pas eu lieu ?
Quand une enfance sans violence ni événement grave peut malgré tout laisser des traces dans notre sentiment de sécurité, nos relations et notre manière de demander de l’aide. |
Il y a une phrase que j’ai souvent entendue lorsque j’accueillais, en tant qu’infirmière, des patients en burn-out ou en dépression : “Je n’ai pas vécu de traumatisme particulier. J’ai eu une enfance normale !”
Pas de violence, pas de grand événement traumatique de type accident, des parents qui ont fait de leur mieux… Et pourtant, à l’âge adulte, certaines personnes décrivent des fonctionnements qui leur coûtent beaucoup au quotidien :
Un sentiment d’insécurité presque permanent, qui pousse à courir partout, à tout anticiper et à vouloir tout contrôler.
Une image de soi qui ne semble jamais être à la hauteur, quels que soient les efforts accomplis.
L’impression de devoir tout gérer seul.e, même lorsqu’on est épuisé.e.
Une difficulté à demander de l’aide, à déléguer ou à montrer ses vulnérabilités.
Un état de stress devenu si habituel qu’on ne le remarque même plus.
Je t'en parle car récemment, je suis tombée sur un épisode du podcast Métamorphose consacré à ce que la psychologue Gwénaëlle Persiaux appelle le trauma de négligence.
Et je l’ai trouvé particulièrement intéressant parce qu’il met des mots sur quelque chose de beaucoup plus subtil que l’image que l’on se fait habituellement du trauma !
Aujourd’hui, j’avais envie d'explorer le sujet avec toi dans cet article de blog !
"Pourtant, mes parents m'aimaient."

C’est souvent là que la confusion commence.
On peut avoir eu des parents aimants, un toit, de la nourriture, pas de violence manifeste… et avoir tout de même manqué de sécurité émotionnelle
Par exemple :
Un parent peut avoir énormément travaillé.
Un autre peut avoir traversé une dépression, un deuil, une maladie ou avoir été très préoccupé par ses propres difficultés.
Il peut aussi avoir été présent physiquement, mais peu disponible lorsqu’il fallait accueillir une peur, une colère, une tristesse ou simplement écouter ce qui se passait à l’intérieur.
La négligence affective peut exister dans de nombreuses familles, y compris celle où il y avait de l’amour.
Parfois, les parents n’avaient tout simplement pas les ressources nécessaires ou la disponibilité pour répondre à certains besoins émotionnels.
C’est d’ailleurs ce qui peut rendre ces expériences si difficiles à reconnaître plus tard… Parce qu’on se dit : "Je n’ai aucune raison de me plaindre. Mes parents ont fait de leur mieux."
Mais l'un n'empêche pas l'autre : on peut avoir été aimé.e et avoir manqué de quelque chose.
Ce qui manque est souvent plus difficile à identifier que ce qui s'est passé !

Il est relativement facile d’identifier un événement précis dans son histoire.
Mais comment identifier une absence ? Comment raconter quelque chose qui n’a pas eu lieu ?
Le moment où quelqu’un aurait pu nous rassurer et ne l’a pas fait.
Les émotions que personne ne nous a vraiment aidés à comprendre.
Les fois où nous aurions eu besoin d’être entendu.e, soutenu.e ou simplement rejoint.e.
Et parfois, c’est plutôt une accumulation de petits moments où l’enfant apprend peu à peu qu’il vaut mieux se débrouiller seul, ne pas trop demander, ne pas déranger ou garder certaines émotions pour lui.
Il n’y a pas toujours une scène marquante à raconter.
C'est pour cette raison que le trauma de négligence est souvent dur à détecter…

Quelques signaux d'un trauma de négligence

À l’âge adulte, ce type de manque peut apparaître dans des situations quotidiennes :
→ Avoir du mal à demander de l’aide, même lorsqu’on en aurait vraiment besoin et finir par tout contrôler pour se rassurer.
→ Avoir l’impression qu’il faut toujours se débrouiller seul
→ Chercher à s’anesthésier ou à se distraire par le sport à l’excès, l’alcool, les fêtes, le sexe, ou les relations affectives.
→ Développer un attachement anxieux ou évitant, avec une peur de l’abandon, de l’intimité ou une difficulté à faire confiance.
→ Minimiser ce que l’on ressent ou se dire que ce n’est pas si grave
→ Être très sensible aux critiques et au regard des autres, avoir peur d’être jugé·e, de se montrer ou de prendre sa place.
→ Avoir du mal à identifier ses propres besoins parce qu’on a surtout appris à s’adapter à ceux des autres…
→ Avoir peur d’être “trop” : trop sensible, trop demandeur…
→ Se sentir facilement peu important.e ou remplaçable dans les relations
→ Beaucoup s’adapter, anticiper, faire plaisir… parfois au point de ne plus très bien savoir ce que l’on veut soi-même…
→ Ressentir une forme de solitude même lorsqu’on est entouré
Alors comment accompagner les personnes ayant un trauma de négligence ?

Quand on comprend que certaines personnes ont appris très tôt à ne pas déranger, ne pas demander, ne pas prendre trop de place, ça change forcément notre manière d’enseigner.
Par exemple, il est possible qu’une élève ne dise jamais qu’une posture lui fait mal, qu'elle suive toutes les consignes sans rien modifier ou qu'elle s’excuse dès qu’elle sort de la pratique…
Elle a sûrement appris à s’adapter avant même de sentir ce dont elle a besoin.
Dans ce contexte, notre rôle est de créer un cadre qui lui redonne progressivement de la place pour sentir, choisir et ajuster.
Par exemple :
→ proposer plusieurs options sans présenter l’une d’elles comme la bonne
→ rappeler qu’il est possible de sortir d’une posture, de changer d’avis ou de ne pas faire
→ éviter les consignes trop autoritaires ou culpabilisantes
→ laisser du temps pour ressentir avant de demander une réponse
→ ne pas forcer le contact, le regard, l’immobilité ou la fermeture des yeux
→ valoriser l’autonomie plutôt que la performance
Et je le dis : pour une personne qui a longtemps appris à s’adapter aux autres, retrouver le droit de choisir sur son tapis est déjà énorme.
C’est aussi là que l’approche trauma informée prend tout son sens !
C’est aussi pour ça que j’ai créé ma formation Yin Yoga & Trauma : pour t’aider à répondre aux besoins de TOUS tes élèves et construire des cours qui laissent davantage de place au choix, à l’adaptation et au sentiment de sécurité !
Les portes de la nouvelle édition de ma formation Yin Yoga et Trauma te sont ouvertes.
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