Yin Yoga et trauma : Ce que mon propre trauma a changé dans mon enseignement du yoga

Retour sur mon passé d’infirmière et sur le chemin qui m’a amenée à repenser ma pratique et à enseigner le yoga trauma-informé. |
J’ai grandi dans une famille où la Médecine Traditionnelle Chinoise, l’Ayurveda et différentes pratiques de soin faisaient partie du quotidien.
À l’adolescence, je m’intéressais déjà beaucoup au bouddhisme, à la spiritualité et à tout ce qui pouvait m’aider à mieux comprendre l’être humain… Puis j’ai voulu devenir infirmière, avec l’idée de partir un jour faire de l’humanitaire.
Vu qu'à l'époque mon niveau d'anglais était proche de ZÉRO, je suis finalement resté en France et Dom-tom pour travailler en rééducation post-traumatique, en neurologie puis en psychiatrie.
J’ai accompagné des personnes après des accidents graves, des AVC, des pertes brutales d’autonomie, mais aussi des personnes en burn-out, en dépression avec tentative de suicide, des personnes souffrant d'anorexie, d'automutilation, d'addictions…

J’ai alors commencé à côtoyer le trauma de près. Et il était beaucoup plus présent que je ne l’avais imaginé : chez les patients, les soignants, les aidants, les familles…
Bien sûr il y avait les accidents et les drames… Mais il y avait aussi des personnes qui me disaient : « J'ai eu une enfance normale. J’ai tout pour être heureuse, alors je ne comprends pas pourquoi je me sens si mal. »
Et lorsqu’on creusait, c'était aussi des histoires de négligence, d'humiliation, de non-consentement, de ruptures violentes, de carences affectives… qui avaient modifié leur sentiment de sécurité, sans qu’elles aient jamais considéré ces expériences comme traumatiques !
Et puis, il y a eu mon trauma à moi

Au-delà du trauma complexe qui a marqué mon enfance, j’ai fini par vivre, à l’âge adulte, un autre type de trauma, plus aigu : un trauma d’exposition, ou trauma vicariant.
Il était lié à ce à quoi j’avais été confrontée de manière répétée dans mon travail, notamment en psychiatrie : les récits traumatiques, la souffrance psychique, les situations de crise et tout ce que j’ai pu observer et accompagner auprès des patients.
Et le plus fou, c’est que je n’ai rien vu venir… C'est même le psychiatre de l'unité qui m'a tiré la sonnette d'alarme.
Je continuais à travailler, à fonctionner, à faire ce que j’avais à faire.
Je ne réalisais pas vraiment à quel point mon anxiété augmentait, j'étais quotidiennement stressée et épuisée. Je commençais à éviter des lieux, des personnes, des situations. Les scènes de viol ou d’abus dans les films étaient devenues insupportables et me faisaient partir en crise d'angoisse. Je m’isolais. Ma sexualité avait changé. Je sursautais pour un rien, je dormais mal et faisais des cauchemars, j’étais souvent dissociée.
Et pourtant, je continuais à vivre comme si de rien n’était.
Et c’est aussi à cette période que ma manière de vivre le yoga a complètement changé.
À l'époque, je n’enseignais pas encore, je pratiquais seulement pour moi. Le psychiatre qui avait diagnostiqué mon trauma vicariant m’avait même recommandé le yoga pour apaiser cette nouvelle anxiété qui s’installait.
Mais certains cours que j’adorais auparavant devenaient difficiles à vivre.
↪ Certaines consignes m’activaient.
↪ La façon dont certains professeurs parlaient, circulaient ou ajustaient les postures me mettait sur le qui-vive.
Je n’arrivais plus à fermer les yeux en Savasana, ni à porter mon attention sur mon souffle sans sentir l’angoisse monter.
Le yoga, qui avait été un espace dans lequel je me sentais bien, était devenu un endroit où mon système nerveux était en alerte et je sortais parfois pire que mieux.
Et surtout, le Yin Yoga, que je pensais être une pratique douce et apaisante, devenait très inconfortable pour moi.
C’était tout là le paradoxe : je savais que le yoga pouvait être une vraie ressource pour moi mais je découvrais aussi qu’il pouvait être difficile à vivre selon la manière dont il était transmis.
Yin yoga et trauma : Au début, j'enseignais beaucoup dans la performance...

Et pourtant, je restais profondément passionnée par le yoga. J’y voyais une clé, sans savoir encore comment l’utiliser pour réellement m’aider.
Alors je suis partie en Inde, avec l’envie de comprendre le yoga et d’apprendre à créer mes propres pratiques.
J’en suis revenue avec un 200h… mais sans savoir créer une pratique réellement sécurisante, capable d’apaiser mes symptômes.
Je savais reproduire les séquences que j’avais aimées. Mais je ne savais pas encore pourquoi elles fonctionnaient, ni comment les adapter à ce dont j’avais besoin.
Plus tard, je suis rentrée en France et j’ai commencé à enseigner.
Avec le recul, je vois que j’enseignais beaucoup depuis un état de fight : dans le contrôle, l’exigence et l’action.
Et moi-même, je n’étais pas régulée. Méditer, ralentir, rester avec moi-même était encore très difficile.
Je voulais proposer des postures dynamiques, montrer que je savais faire et sûrement prouver ma valeur en tant qu'enseignante. Je me disais juste : il y a partout du vinyasa, du power yoga peut-être que c’est uniquement ce que les gens veulent.
Je me demandais davantage comment être une bonne prof que ce dont les personnes devant moi avaient réellement besoin.
Il m'a fallu me former, pratiquer autrement, comprendre le trauma, le système nerveux, le Yin, les méridiens, les pratiques somatiques…. pour que les choses bougent !
Et petit à petit…
Ma manière de pratiquer a changé.
Mon rapport au corps a changé.
Mon enseignement aussi.
J'ai commencé à sortir progressivement de cette logique de performance et de fight pour être davantage dans le soin, l'écoute…

Petit à petit, j'ai commencé à construire le yoga que je recherchais !

Quand j'ai commencé à me former au yoga, je voulais déjà aller vers quelque chose que j'appelais à l'époque le yoga thérapeutique. Mais je trouvais assez peu de choses qui correspondaient à ce que je cherchais…
Il y avait beaucoup d’approches très anatomiques. Mais moi, je voulais comprendre comment le yoga pouvait changer mon vécu au quotidien : mes émotions, mes tensions, mon sentiment d’urgence permanent.
Je commençais à me lasser d’enchaîner les postures sans sentir que cela changeait vraiment ce qui se passait à l’intérieur.
J’étais frustrée par les cours que je recevais mais aussi par ceux que je donnais. J'enchainais pourtant les formations mais j’avais l’impression de survoler l’essentiel.
Alors j’ai commencé à me former sur des sujets profonds et qui me passionnaient :
Les méridiens & la médecine traditionnelle chinoise
L’Ayurveda
Le Tantra Hatha Yoga, le prana et les vayu
Le Yoga Nidra
La philosophie du yoga
Puis le trauma et les approches somatiques.
Je ne voulais plus seulement savoir quelle posture proposer.
Je voulais comprendre pourquoi, à quel moment, pour qui, et comment l’adapter.
Et surtout, je voulais aider, sans reprendre cette casquette de thérapeute qui avait été si lourde pour moi.
Je voulais surtout créer les espaces dont j’avais eu besoin et transmettre ce qui, moi, avait fini par me réguler.
C’est finalement de tout ça qu’est née ma formation Yin Yoga & Trauma

Avec le temps, ça m’a semblé évident de transmettre le yoga que j’aurais aimé trouver moi-même à certains moments de ma vie : un yoga qui ne cherche pas la performance à tout prix, qui laisse de la place à l’introspection et qui puisse être doux sans être superficiel.
Il m’aura fallu des années de formations, de lectures, de pratique et d’expérimentation pour relier toutes ces connaissances.
Aujourd’hui, je suis heureuse de pouvoir les transmettre à d’autres pour les aider à faire évoluer leur pratique, aller plus loin dans leur compréhension et créer des espaces plus sécurisants pour les personnes qu’ils accompagnent.
Si ma manière d’enseigner rejoint la tienne, et que tu as envie d’aller plus loin… On peut faire un bout de chemin ensemble ↓
Les portes de la nouvelle édition de ma formation Yin Yoga et Trauma te sont ouvertes.
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